Il y a des produits qui n'arrivent pas sur le marché. Ils arrivent dans la culture. La Ford Mustang est de ceux-là.
Le 17 avril 1964, Ford présente sa nouvelle voiture simultanément à la Foire Mondiale de New York et dans 1 500 concessions à travers les États-Unis. Les gens font la queue depuis l'aube. Un homme à Seattle dort dans la salle d'exposition pour ne pas perdre sa place.
Ce jour-là, 22 000 Mustang sont vendues. En un seul jour. À la fin de la première année, Ford en aura vendu plus de 400 000 — le record de vente pour une nouvelle voiture dans l'histoire de l'industrie automobile américaine.
Lee Iacocca et le Pari d'une Génération
L'histoire de la Mustang commence avec un homme : Lee Iacocca, directeur général de Ford en 1964, 39 ans. Il comprend quelque chose que ses concurrents ratent complètement.
L'Amérique du début des années 60 est en train de changer. Le baby boom de l'après-guerre produit une génération de jeunes adultes avec de l'argent, de l'ambition et un besoin d'identité. Les voitures de l'époque sont soit ennuyeuses et familiales, soit chères et inaccessibles.
Iacocca voit le vide. Il invente le concept de pony car — une petite voiture sportive basée sur une architecture de berline existante, vendue au prix d'une voiture ordinaire. La première pony car de l'histoire s'appelle Mustang.
2 368 Dollars pour le Rêve Américain
Le tarif de lancement : 2 368 dollars. Pour mettre ça en perspective, une Chevrolet Impala — la berline familiale américaine de référence — coûtait environ 2 500 dollars à la même époque.
Ford vendait un rêve sportif pour moins cher qu'une voiture ordinaire.
La recette du succès, c'était aussi la personnalisation. La Mustang se commandait comme un catalogue. Six cylindres ou V8. Coupé, cabriolet ou fastback. Options intérieur, extérieur, moteur. Chaque Mustang était unique parce que chaque acheteur la construisait à sa façon. Cette idée — la voiture comme expression de soi — était nouvelle dans l'automobile de masse.
Carroll Shelby Passe à la Caisse
Inévitablement, Carroll Shelby entre dans l'histoire de la Mustang. La Shelby GT350 de 1965 reprend le moteur V8 289, le porte à 306 chevaux, allège la voiture de tout ce qui n'est pas nécessaire. La GT500 de 1967 monte à 355 chevaux. La GT500 KR — King of the Road — de 1968 intègre le 428 Cobra Jet.
Ces voitures coûtent aujourd'hui entre 150 000 et 500 000 euros selon l'état. Les mêmes voitures que des lycéens américains conduisaient pour aller au lycée.
Steve McQueen et Bullitt
En 1968, Steve McQueen tourne Bullitt. La scène de poursuite dans les rues de San Francisco avec une Mustang 390 fastback vert Highland Green est entrée dans l'histoire du cinéma — et de l'automobile.
McQueen ne se contentait pas de conduire pour les besoins du film. Il conduisait pour lui-même. Le ronronnement du V8, la façon dont la voiture décollait dans les côtes de San Francisco, les sauts au-dessus des intersections — c'était réel, pas fabriqué.
La Mustang de Bullitt est probablement l'apparition cinématographique la plus célèbre d'une voiture dans l'histoire du cinéma américain.
Jacky Ickx et l'Europe Surprise
En 1965, le jeune pilote belge Jacky Ickx remporte le Championnat d'Europe des voitures de tourisme au volant d'une Ford Mustang. Il bat des voitures européennes sur leurs propres circuits. La Mustang gagne aussi les championnats de France des rallyes en 1964, 1965 et 1966.
Une voiture conçue pour vendre du rêve américain à 2 368 dollars était aussi une voiture de course.
| Moteur | Puissance | Carrosseries |
|---|---|---|
| L6 2,8 L | 101 ch | Coupé, Cabriolet, Fastback |
| V8 4,7 L | 200–271 ch | Coupé, Cabriolet, Fastback |
| Shelby GT350 | 306 ch | Fastback |
| Shelby GT500 KR | ~400 ch | Fastback, Cabriolet |
En neuf ans de première génération — 1964 à 1973 — Ford vend 2 977 651 exemplaires. Presque trois millions de voitures qui portaient toutes la même idée : la liberté peut être abordable.
